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CEB, CE1D, CESS… moins d’épreuves externes pour moins de stress et plus d’apprentissages!

par Barbara Trachte le 6 juillet 2016

La semaine dernière avait lieu au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles un débat sur les épreuves externes. Vous trouverez ci-dessous mon intervention pour le groupe ecolo. Vous pouvez également la regarder sous ce lien à 17H03 😉

Il ne faut pas imposer trop d’évaluations externes aux élèves, « elles sont synonymes de pression tant pour les élèves que pour les professeurs. De plus leur coût est assez élevé. Il ne faudrait pas trop en faire. « 

On passe ici à côté des  » vraies réussites, celles qui font que ces jeunes grandissent, apprennent des autres, réfléchissent, deviennent libres (…)  Ces épreuves annihilent le travail mené chaque jour, ce travail authentique« .

 » Ecremer, élaguer, sélectionner par l’échec, même si la première conséquence est le découragement et l’exclusion de nombreux élèves. A moins de 12 ans, 10 % des élèves expérimentent déjà l’échec et la relégation. Plus tard ils se mettront peut-être à détester l’école. Qui le leur rendra bien. « 

« La multiplication des épreuves externes ne les rend pas plus acceptables aux yeux de certains enseignants qui se sentent dépossédés d’une partie de leur mission ».

« Il faut sortir de cette culture de la performance et de l’échec, changer les mentalités au niveau des résultats. On crée un stress malsain chez les enfants.« 

Chers collègues, ces phrases, vous pourriez penser que c’est ecolo qui les dit. Bien seul dans cet hémicycle depuis un an que nous parlons des épreuves externes.

Mais en fait non.

Ces phrases sont celles de Marc Romainville (responsable du service de pédagogie universitaire à l’Université de Namur et président d’un GT du Pacte),  d’une enseignante qui s’est exprimée dans une tribune dans La Libre Belgique, du délégué général aux droits de l’enfant, des représentants de la Felsi dans le cadre de nos travaux sur les épreuves externes, de Christiane Buisseret Présidente de l’association belge des professeurs de français et membre du CEDILL (le centre d’études en didactique de l’UCL).

Alors certes, il n’y a pas eu de fuites cette année.
Encore bien après tout le travail parlementaire et décrétal de l’année passée. Il restera néanmoins à savoir l’investissement que ça a représenté pour les directions d’écoles.
Certes on a évité cela, mais la session de cette année a tout de même soulevé de nombreuses questions que nous devons aborder.

En effet, il y a quand même eu de gros couacs, qui remettent sérieusement en question le professionnalisme de la préparation de ces évaluations. Bien plus inquiétant que le petit chat flocon.
En effet, on a appris et la presse s’en est fait l’écho qu’en dernière minute, alors même que l’épreuve de français du CESS était en cours, il a fallu rectifier les consignes de correction parce qu’elles ne prévoyaient pas que pour une épreuve de résumé, la longueur de la réponse était un critère. C’est-à-dire qu’en appliquant les consignes de correction initiales, un élève pouvait largement réussir l’épreuve de résumé de texte en recopiant (sans fautes il est vrai) le texte de départ.

Heu… sérieusement, si la confection des épreuves et de leur corrigé était en soi une épreuve, je pense que les concepteurs devraient être recalés.

Et cela décrédibilise ces épreuves aux yeux des élèves, des parents et des enseignants. C’est grave. Il faut se pencher sérieusement sur les causes de cet incident.

Plus grave encore, ce dont l’épisode du chat flocon témoigne, c’est des nombreux mal entendus autour des épreuves externes, et des nombreux effets pervers de leur multiplication.
Soyons clairs : Une épreuve externe dans un système de quasi marché scolaire, avec reproduction des inégalités sociales et fortes différences de niveau entre écoles a du sens. c’est même nécessaire. Elle permet à un même moment de prendre la température et à chacun (élève, enseignants, école, système) de se situer. C’est important mais c’est tout. C’est à partir de cela que des actions doivent être entreprises. Ces épreuves ne sont pas une fin en soi.

L’obsession autour de ces épreuves, leur multiplication les pervertit et nous coûte. En stress, en temps d’enseignement, en temps d’apprentissage, en plaisir d’enseigner et d’apprendre. Elle fait dire aux enseignants « tout ça pour ça » ou « j’ai travaillé pendant des années pour rien ». Elle fait dire à d’aucuns que ces épreuves participent à du nivellement par le bas.

L’obsession autour de ces épreuves nous coûte :

en temps et en plaisir d’enseignement et d’apprentissage :
Au total, un élève passe actuellement six épreuves externes dans son cursus obligatoire, soit une tous les deux ans à partir de la 3e primaire. En conséquence : les enseignants consacrent une grande partie de leur temps en classe à préparer leurs élèves à ces épreuves, au détriment de la transmission des connaissances. Dans certaines écoles, les derniers mois de l’année scolaire sont par exemple quasi exclusivement consacrés à l’entraînement aux épreuves, sur base des tests des années précédentes.

On entraîne ainsi des élèves à réussir des épreuves standardisées et on passe à côté de l’essentiel : la maîtrise des savoir, l’apprentissage des compétences.

Je donnerai deux exemples qui me reviennent du terrain à ce sujet. Le premier est celui « des abeilles ». L’an dernier, le texte informatif proposé en CE1D concernait la préservation des abeilles et il fallait ensuite utiliser les informations du texte pour rédiger un texte argumentatif. Cette année, dans les écoles, dès le mois d’avril, les séquences portaient sur les abeilles ! C’est évidemment un sujet intéressant mais cela montre à quel point le bachotage est présent.

Sur les réseaux sociaux, des enseignant.e.s témoignent aussi de leur inquiétudes suite à « du bachotage raté », à savoir qu’ils ont préparés leurs élèves aux CESS via les épreuves précédentes, mais que finalement, les épreuves de cette année étant plus difficiles, les élèves n’ont rien compris au texte ! On passe donc là à côté de l’objectif, et la réussite n’est pas forcément aux rendez vous.
L’obsession autour de ces épreuves et leur multiplication qui l’alimente aboutissent à ça.

– La multiplication de ces épreuves nous coûte aussi, et lourdement, en stress : autant d’épreuves externes, et surtout les certificatives, c’est autant de stress. Pour les enseignants certainement, pour les parents, et surtout pour les enfants.
Pendant des mois on ne parle que de ça, à l’école, à la maison, à la radio, à la télé, dans les journaux. Les parents se voient proposer des conseils pour aider leurs enfants à affronter les examens, des manuels ou des logiciels en ligne, des cours particuliers…
Que dire encore et surtout de la crainte de l’échec et de la relégation, la crainte pour le futur que l’on fait peser sur des enfants.
Souhaite-t-on vraiment faire peser une telle pression sur les épaules d’enfants de 12 ans ?

– L’organisation actuelle de ces épreuves est aussi inefficace : alors que ces épreuves devraient nous aider à les dépasser les inégalités sociales et scolaires, l’attention excessive qu’on leur apporte les accentue. Sans même entrer ici dans la légitime question des effets pervers de la pédagogie par les compétences, tout le monde sait que tous les élèves ne sont pas égaux devant les épreuves externes parce que certains élèves ont accès à toutes ces préparations et d’autres pas.

– enfin l’organisation actuelle et la multiplication de ces épreuves nous coûte, parce qu’elles sont des thermomètres qu’on n’utilise pas. Une étude menée par l’UCL nous démontre en effet que, en-dehors du bachotage, les écoles en général utilisent très peu les feedbacks et pistes pédagogiques qui leurs reviennent suite aux résultats. De sorte qu’on se contente de connaître la température, sans entreprendre de traitement le cas échéant.

Alors Madame la Ministre je sais ce que vous allez dire. vous allez me répondre que tout ça, ce n’est pas la faute aux épreuves externes. Leur niveau est inchangé, elles n’ont pas un objectif de sélection. Le CE1D ne fixe pas les compétences maximales à atteindre, mais bien les minimales pour poursuivre le cursus.
Ce sont donc des enseignants qui les comprennent mal, des médias qui en font trop, des parents trop stressés, une société trop compétitive (certains – pas vous – estimant même que, que voulez-vous, il faut bien que les enfants s’y préparent!).

Nous nous pensons que dire seulement cela n’est pas juste et pas suffisant. Ce n’est pas juste, parce que ces dernières années, la FWB n’a cessé de renforcer et multiplier ces épreuves (en instaurant et en renforçant le CESS, en testant le CE2D). Ce n’est pas juste non plus car la volonté affichée par votre majorité, notamment par le vote du décret fourre-tout, est de renforcer l’importance de ces épreuves dans les plans de pilotage des écoles et de celles présentant des écarts significatifs. Et c’est insuffisant, parce que dire que le problème c’est que le sens des épreuves externes n’est pas bien perçu, ça ne suffit pas à répondre aux difficultés qu’elles suscitent.

Pour ecolo, on ne peut pas continuer à stresser les enfants, à perdre du temps d’enseignement, à jeter des thermomètres par la fenêtre. Et donc, comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, pour que les épreuves externes soient efficaces et utiles, il faut avoir le courage de réduire leur nombre.

En faire moins pour les faire mieux.

Prendre le temps de s’interroger sur ce qu’on souhaite pour nos enfants : qu’ils sachent répéter des réponses à des questions types, quitte à ne pas les comprendre ? Ou qu’ils soient curieux et désireux d’apprendre pour apprendre, et non pour réussir un examen standardisé.
Nous voulons récupérer le temps du bachotage au profit des apprentissages.
Donner le temps aux équipes pédagogiques pour comprendre et interpréter les chiffres que le thermomètre des épreuves externes leurs donnent. Et donner aux enseignants les remèdes que la température impose.

Mr Président, chers collègues, Madame la Ministre, c’est pour cela que nous avons exigé que les recommandations finales du groupe de travail sur les évaluations externe indique « de poursuivre la réflexion sur la forme et la fréquence des évaluations externes » et d’autre part « d’initier, avec le parlement, une réflexion sur l’impact des épreuves externes dans les établissements, sur les équipes pédagogiques, les apprentissages et la réussite des élèves ainsi que sur l’utilisation des pistes pédagogiques ». Et c’est également pour ouvrir ce débat que nous avons déposé une proposition de résolution pour réduire le nombre d’épreuves externes.

Cette réflexion, chers collègues, désormais ce n’est plus Ecolo qui l’exige, mais l’actualité qui l’impose et les acteurs de l’école qui l’attendent.

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